Je sais marcher toute seule, mais avec toi, je marche mieux

Connexions pour des horizons féministes. Par Emmanuelle Goes

French

Des femmes noires et un ilá

Des voix qui résonnaient parfois en secret

Des voix qui résonnaient parfois dans la torpeur du déni

Aujourd’hui

La voix qui ne se taira plus

Se répand dans le corps qui parle lui aussi

Entraînant une génération toute entière

Traversant les murs et les mondes

C’est l’ilá des personnes qui ne dorment pas

 


L’intersectionnalité est un outil, un premier pas vers la construction d’horizons féministes.

Nous en avons fait l’expérience de la diversité de ses dimensions tout au long du Forum de l’AWID. La diversité des femmes, leurs exigences, leurs styles et leurs stratégies de résistance nous ont offert notre plus belle leçon en nous montrant que nous étions tou-te-s connecté-e-s par nos luttes et  notre héritage.

Beaucoup de choses se sont passées au sein des espaces générés par le Forum de l’AWID. Nos ancêtres étaient présent-e-s dans nos luttes, dans notre résistance et dans nos danses. C’est là que j’ai compris que « mes ancêtres dansent la révolution ».

L’héritage féminin est féministe et englobe toutes nos différences et nos transversalités. Lorsque j’observe le monde, ce chemin m’apparaît comme le seul capable de mener à la réalisation de nos rêves ; ceux d’un monde avec moins d’inégalités, un monde libéré de toute forme d’oppression et basé sur la compréhension de notre diversité, avec toutes nos particularités physiques et géographiques.

Pour voir un être humain dans son intégralité, il nous faut d’abord voir ce qui fait un corps. Kimberlé Crenshaw dit que sa réflexion sur la construction de la sphère sociale et politique l’a amenée à constater que l’intersectionnalité n’est pas une approche holistique de l’identité, mais plutôt une vision qui met en lumière les multiples sources qui constituent l’identité.

Je trouve refuge dans les bras de ma sœur (solidarité entre sœurs) – Pour nous, par nous et entre nous

Pendant la session de clôture du Forum, Jurema Werneck a formulé une requête et a déclaré : « Si nous voulons avancer, nous devons établir des connexions ». Pour moi, c’était là le principal produit/résultat/bilan du forum : s’engager à nouer des liens avec des femmes du monde entier et nous unir à elles pour affronter la douleur qui affecte chacune d’entre nous. Si la lutte est collective, alors la douleur, l’amour et les remèdes le sont aussi. La solidarité entre sœurs guérit nos âmes et nous sauve. Nous ne sommes pas seules.

La façon dont nous comprenons à la fois les revers que nous connaissons actuellement, la violation des droits que nous avons obtenus et l’augmentation de la violence qui nous affecte sous diverses formes ici au Brésil et dans d’autres parties du monde, dépend en partie de nous. Il s’agit de nous.

Le féminisme est une lutte collective. Le féminisme noir nous concerne tou-te-s car son approche est intersectionnelle. Je terminerai sur ces mots, sur un cri, un hymne, l’expression libératrice des jeunes féministes : « Ma sœur, aide-moi, car je peux pas marcher seule. Je sais marcher toute seule, mais avec toi, je marche beaucoup mieux ! »

Le Forum de l’AWID s’est fait la voix des femmes de ce monde. Il est primordial que la lutte des féministes noir-e-s soit entendue à la première personne.

 

Emanuelle GoesA propos de l'autreur

Emanuelle Goes est une féministe noire, activiste du mouvement des femmes noires, bloggeuse, infirmière et coordinatrice du Programme de santé pour les femmes noires à l’Odara Instituto da Mulher Negra (l’institut pour les femmes noires Odaea). Emanuelle prépare un doctorat en santé publique (ISC/UFBA). (emanuellegoes@gmail.com)

 

 

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